A Paris, les overdoses explosent ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Un quadragénaire commande quelques grammes de cocaïne depuis son canapé via une application cryptée. Un habitué du "chemsex" consomme plusieurs drogues de synthèse pour multiplier les effets. Leurs profils n'ont rien en commun, mais ils illustrent une réalité qui inquiète magistrats et policiers : à Paris, les overdoses explosent.
"L'image qu'on a de la surdose, c'est encore la seringue, l'héroïne, la personne qu'on trouve dans la rue, le côté marginal" alors que "la drogue est consommée par +Monsieur et Madame tout le monde+, et on la trouve très facilement", résume auprès de l'AFP le commissaire divisionnaire Guillaume Batigne, chef de la brigade des stupéfiants à la préfecture de police.
Interrogée par l'AFP, la procureure de Paris, Laure Beccuau, fait état d'"une explosion des overdoses sur la plaque parisienne", un phénomène "particulièrement alarmant".
Alors qu'en 2025, 30 décès avaient été comptabilisés, "au 28 septembre, on en recense déjà 59, quasiment le double", selon la magistrate Marion Py, référente overdoses à la section chargée de la lutte contre les stupéfiants au parquet. Un chiffre amené à progresser rapidement, "plusieurs résultats d'analyses toxicologiques" étant en cours.
Le profil des victimes présente une grande variété, des hommes, des femmes, mais aussi des plus jeunes, note M. Batigne, soulignant qu'en 2026 les victimes sont âgées de 16 à 54 ans.
"Chemsex"
"Toutes les catégories socio-professionnelles sont représentées", et tous les "âges", observe Marion Py.
Les contextes de consommation sont "très variés" : seul chez soi, à l'hôtel, chez des amis, à une fête, mais aussi lors de soirées "chemsex", avec la consommation de stupéfiants à plusieurs dans le but d'avoir des relations sexuelles. Selon le commissaire, le "chemsex" est ainsi lié à environ un tiers des victimes.
De manière générale, "ce que recherchent les usagers, c'est l'effet euphorisant, stimulant, de performance, de désinhibition", souligne-t-il.
Environ la moitié des overdoses mortelles implique de la cocaïne, sur fond de saisies "exponentielles", souligne Mme Beccuau. Celle-ci est souvent prise avec d'autres produits comme des drogues de synthèse, selon Mme Py et M. Batigne, qui évoquent un phénomène de "polyconsommation".
Selon le commissaire, près de la moitié des overdoses mortelles impliquent ainsi des drogues de synthèse, comme les 3-MMC, 2-MMC, Alpha-PVP ou "Monkey Dust", à "l'effet stimulant beaucoup plus fort".
La consommation est facilitée par "le développement très rapide sur la plaque parisienne, ces dernières années, de centrales d'appel : le consommateur peut contacter quelqu'un pour se faire livrer des stupéfiants divers et variés", sans avoir besoin de se rendre sur un point de deal, explique Mme Py.
Cette accessibilité accentue la concurrence pour fidéliser les usagers, en ayant recours à du marketing via des références culturelles (jeux vidéo, pop culture...), explique M. Batigne. Le tout avec une pureté des produits en hausse : "le pourcentage est monté à 75% ou 80%" pour certaines cocaïnes, contre environ 50% il y a une décennie.
"Banalisation"
Face aux overdoses, le parquet de Paris entend rechercher et sanctionner l'ensemble de la chaîne, en s'appuyant sur le groupe "surdoses" de la brigade des stupéfiants, composé de huit enquêteurs.
Derrière les "centrales" se cache toute une organisation : gestionnaires des commandes, responsables du stockage, nourrices, logisticiens, livreurs...
L'objectif : retrouver le livreur de la dose mortelle puis remonter le réseau jusqu'à la centrale d'appels, afin que les personnes impliquées soient jugées pour homicide involontaire aggravé, expliquent Mme Py et M. Batigne.
Mais magistrats et policiers insistent aussi sur la prévention, dénonçant une forme de "banalisation" de la consommation et une "sous-estimation des risques". Les décès par overdose détruisent proches et familles, rappelle Mme Beccuau, qui a mis en place une saisine systématique de l'association "Paris Aide aux Victimes" pour les accompagner.
Les usagers "n'ont aucune perception de la dangerosité des produits qu'ils consomment", note la procureure en soulignant le paradoxe, dans certains milieux, de retrouver, lors des perquisitions, des stupéfiants et des produits... bio dans la cuisine.
Le parquet souhaite engager des actions de prévention et de communication, en lien notamment avec la mairie de Paris et la préfecture de police.
"Consommer de la drogue, c'est comme jouer à la roulette russe", considère le commissaire.

3 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer